Cahier de Doléances

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Diego de V.
Hé quoi ? Moi, sous les chrysanthèmes ? Pardi ! Mais, dites-moi, en quelle année sommes-nous ? Seigneur cavalier, ayez l'amabilité de faire parvenir cette missive à votre ami ; qu'il m'écrive promptement, car j'ai des choses de conséquences à lui mander. Je ne puis plus souffrir cette attente ; il y va de ma vie.
Un Prince rusé
Par tous les dieux du ciel, ami Diego, je croyais vos cendres dispersées aux quatres coins du paradis ! J'ai remué ciel et terre dans l'espoir fou que les rumeurs de votre mort ne fussent que de déplaisants potins mondains, et vous voici enfin ! Que de joie ! Ma foi, si ce cher Don *** le permet, je pourrais briser le secret d'une recette d'un grand secret qu'il a eu la bonté de m'enseigner et vous en faire part, à moins qu'il ne préfère la conter glorieusement lui-même ! Puissiez-vous encore supporter les affres de la souffrance stimulée par l'attente l'exécrable temps d'une réponse positive.
Diego de V.
..sur mes pensées, et je suis allé jusqu'à attenter par deux fois à ma propre vie ; la seconde, je fus sur le point de m'étrangler, et si ma mère n'était pas entrée dans la chambre à l'instant même, je fus mort ; mais avec l'aide d'un serviteur nègre, elle coupa la corde et me rappela à la vie. Enfin, je tombe en consoption chronique, pitié ! Je ne sais que faire de cette détresse ! Soulagez-moi, soulagez-moi ! Ma vie parait décliner ! Je vous paierai avec excès.
Diego de V.
Quand l'amour est en l'âme, le docteur est un âne.
Ah Monsieur ! Me voilà dans une bien vilaine situation ; on m'a forcé à épouser quelque veuve, qu'en vérité je hais mortellement, et il est impossible de m'ôter l'aversion fixe que j'ai conçue ; en même temps cette vie illégale, jointe à l'aversion, me rend la cohabitation avec elle la chose la plus répugnante du monde ; et je crois vraiment que j'en suis venu au point que j'aime autant embrasser un chien que de la laisser s'approcher de moi ; voila la raison pour laquelle je ne puis souffrir la pensée d'entrer dans les mêmes draps qu'elle. Cette mégère me terrifie Monsieur, et elle me plonge dans l'horreur par ses menaces de m'enfermer dans une maison de fous ! Rien ne m'est plus effrayant que ses carresses, et l'appréhension qu'elle devienne grosse est près de me jeter dans des accès. La douleur en est venue à son extrémité ; j'en deviens pensif et mélancolique, et, un mot, ma tête se trouble un peu. Le malheur pèse trop lourdement..